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Effets de la voix maternelle sur les mouvements généraux des prématurés

  • Photo du rédacteur: Premiers Pas Formation
    Premiers Pas Formation
  • 20 nov.
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 22 nov.

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  1. Introduction : un organisme immature, un environnement déterminant


La prématurité expose le nouveau-né à un environnement sensoriel bien éloigné des conditions physiologiques attendues in utero.


Il est très important de prendre en compte les influences environnementales, telles que des stimulations sensorielles atypiques, qui sont incompatibles avec les besoins réels du cerveau en développement. (Filippa et al., 2025).


Entre dystimulations sensorielles, stress répété et séparation parentale, le bébé prématuré doit s'adapter alors que son système nerveux est encore extrêmement immature.


Ces conditions peuvent impacter :

  • l'organisation sensorimotrice,

  • la régulation du stress,

  • la mise en place des connexions cérébrales,

  • et la trajectoire neurodéveloppementale de l'enfant.


Dans ce contexte, des pratiques de soins précoces individualisés (simples, humaines, et non invasives) où les parents sont acteurs, sont aujourd'hui au coeur des pratiques recommandées en néonatalogie.



2. Les mouvements généraux (General Movements - GM)


Les mouvements généraux (GM) ont largement été décrits dans la littérature scientifique. Ce sont des mouvements spontanés, fluides et complexes chez le nourrisson, observables dès la vie foetale et jusqu'à environ 3/4 mois d'âge corrigé. Ils contribuent un marqueur extrêmement fiable de l'intégrité neurologique.


Les GM anormaux ont notamment été identifiés comme des marqueurs fiables pour le repérage précoce de troubles neurodéveloppementaux ultérieurs (Bosanquet et al., 2013).


L'évaluation des GM est largement utilisée chez les bébés prématurés car il s'agit d'une méthode non invasive, sensible, fiable, prédictive et validée scientifiquement : d'où l'importance, en tant que professionnels de santé, d'être formés à cette technique lorsqu'on intervient auprès des bébés prématurés !



3. L'étude : évaluer les effets de la voix maternelle sur les mouvements généraux des prématurés


Filippa, M. et al. 2025. Maternal singing and speech have beneficial effects on preterm infant’s general movements at term equivalent age and at 3 months : an RCT. Frontiers in Psychology, 16, 1536646.


Cette étude multicentrique italienne a évalué les effets du chant et de la parole maternelle sur 56 prématurés nés entre 25 et 32 semaines (oui c'est un petit échantillon mais il faut bien commencer quelque part pour aller plus loin !).


Le protocole :

  • 10 min de parole + 10 min de chant

  • 3 fois par semaine pendant deux semaines, juste après la tétée de l'après-midi

  • le bébé est installé dans l'incubateur

  • inviter les parents à observer ses réactions et ses mouvements, sans le toucher pour ne pas induire de stimulation multimodale.


Les GM ont été filmés et évalués à l'âge équivalent du terme, puis à 3 mois d'âge corrigé.


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4. Résultats : des effets significatifs sur les mouvements généraux


L'étude montre une amélioration significative du score global des GM après intervention, et une tendance positive sur le score détaillé des GM.


La voix maternelle - chant et parole - soutiendrait et améliorerait la qualité des GM des nourrissons prématurés, et ont potentiellement favorisé leur développement neurocomportemental.



5. Pourquoi la voix maternelle a-t-elle un tel impact ?


Plusieurs mécanismes, validés par la littérature, convergent :


  • Réduction du stress et modulation de la douleur : parler ou chanter pendant un soin douloureux agit comme un analgésique naturel, diminue les expressions de douteur et augmente l'ocytocine chez le bébé (Filippa et al., 2021), et chez la mère réduisant son anxiété (Filippa et al., 2023).


  • Activation des réseaux cérébraux : contrairement au silence ou à la musique instrumentale, l'écoute de la voix active les aires sensorimotrices et les réseaux de saillance* chez le nouveau-né qui sont associées à la mémoire, à la cognition et à la motricité (Loukas et al., 2024).


  • Régulation et ajustement des états d'éveil : la voix maternelle augmente l'état d'éveil calme, les comportements auto-régulateurs (jonctions main-visage, main-bouche), et la stabilité physiologique.


  • Soutien au développement du langage : les interventions vocales parentales ont montré un impact positif sur le développement linguistique à 2 ans (McGowan et al., 2024).


*Le réseau cérébral de la saillance est composé de l’insula antérieure, du cortex cingulaire antérieur dorsal, de l’amygdale, du striatum ventral, et de la substance noire/aire tegmentale ventrale. Ce réseau focalise l’attention et facilite l’accès à la mémoire de travail une fois qu’un évènement saillant est détecté. (Leroy, 2020)


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6. Une intervention simple, accessible et puissante


Cette étude apporte une preuve supplémentaire que l'intéraction vocale précoce des parents est cruciale pour les bébés prématurés hospitalisés, parfaitement compatible avec les soins précoces individualisés.


L'intégrer en service de néontalogie permet :

  • d'enrichir l'environnement sensoriel de manière ajustée,

  • de soutenir la maturation du système nerveux,

  • d'améliorer la stabilité physiologique,

  • et de renforcer le lien d'attachement parent-bébé.



7. Implications pour les professionnels de santé


Pour les équipes de néonatalogie, de rééducation et de périnatalité :


  • Encourager systématiquement les parents à parler et chanter à leur bébé prématuré (lorsqu'il est dans leurs bras, mais aussi dans l'incubateur !).


  • Aider les parents à observer les signaux d'engagement et de retrait de leur bébé, afin d'ajuster la stimulation vocale.


  • Intégrer la voix parentale dans les pratiques quotidiennes de soins développementaux (NIDCAP...) mais aussi durant les procédures douloureuses.



  1. Conclusion


Plusieurs études s'accordent : la voix parentale est un pilier du développement des bébés prématurés hospitalisés.


L'étude de Filippa et al. (2025) montre que chanter et parler régulièrement au nourrisson prématuré améliore la qualité des mouvements généraux, un marqueur majeur de son développement neurologique.


C'est une intervention simple et humaine, à intégrer pleinement dans les soins de routine auprès des populations les plus vulnérables.



9. Ouverture pour la pratique en libéral


Après la sortie de néonatalogie, lorsque la poursuite des soins est nécessaire en cabinet libéral, à domicile ou en CAMPS, l'évaluation des mouvement généraux (réalisable jusqu'à 3/4 mois d'âge corrigé) est indispensable pour repérer une trajectoire neurodéveloppementale atypique.


Dans ce contexte, en cas de GM atypiques, il peut être intéressant de se questionner sur la place que pourraient prendre les vocalisations parentales (parole, chant) au sein même des séances.


Même si cette étude porte sur la période d'hospitalisation, (et sans en affirmer davantage bien sûr), encourager les parents à parler et chanter lors des interactions ou en séance, semble une piste simple, cohérente et potentiellement bénéfique pour soutenir notre intervention en enrichissant l'environnement sensoriel du bébé, et peut-être, ses mouvements généraux.



Sarah LACHOT

Psychomotricienne D.E



Bibliographie :


  • Filippa, M. et al. 2025. Maternal singing and speech have beneficial effects on preterm infant’s general movements at term equivalent age and at 3 months : an RCT. Frontiers in Psychology, 16, 1536646.


  • Bosanquet, M., Copeland, L., Ware, R., and Boyd, R. (2013). A systematic review of tests to predict cerebral palsy in young children. Develop. Med. Child Neurol. 55, 418–426. doi: 10.1111/dmcn.12140


  • Filippa, M., Monaci, M. G., Spagnuolo, C., Di Benedetto, M., Serravalle, P., and Grandjean, D. (2023b). Oxytocin levels increase and anxiety decreases in mothers who sing and talk to their premature infants during a painful procedure. Children 10:334. doi: 10.3390/children10020334


  • Filippa, M., Monaci, M. G., Spagnuolo, C., Serravalle, P., Daniele, R., and Grandjean, D. (2021b). Maternal speech decreases pain scores and increases oxytocin levels in preterm infants during painful procedures. Sci. Rep. 11, 1–10. doi: 10.1038/s41598-021-96840-4


  • Haslbeck, F. B., Mueller, K., Karen, T., Loewy, J., Meerpohl, J. J., and Bassler, D. (2023). Musical and vocal interventions to improve neurodevelopmental outcomes for preterm infants. Cochrane Database Syst. Rev. 9. doi: 10.1002/14651858.CD013472.pub2


  • Leroy, A. (2020). Etude du réseau de saillance dans la survenue des expériences intrusives dans la schizophrénie et le psychotraumatisme. Thèse de doctorat, Université de Lille. HAL.


  • Loukas, S., Filippa, M., de Almeida, J. S., Boehringer, A. S., Tolsa, C. B., Barcos-Munoz, F., et al. (2024). Newborn's neural representation of instrumental and vocal music as revealed by fMRI: a dynamic effective brain connectivity study. Hum. Brain Mapp. 45:e26724. doi: 10.1002/hbm.26724


  • McGowan, E. C., Caskey, M., Tucker, R., and Vohr, B. R. (2024). A randomized controlled trial of a neonatal intensive care unit language intervention for parents of preterm infants and 2-year language outcomes. J. Pediatr. 264:113740. doi: 10.1016/j. jpeds.2023.113740




 
 
 

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